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Karine Bergeron

Biographie

Dès l’adolescence, Karine Bergeron a choisit le chemin des arts visuels. Après avoir complété un collégial en arts plastiques, elle a bifurqué vers l’histoire de l’art à l’Université. Évoluant dans ce domaine jusqu’au deuxième cycle, elle a consacré son mémoire de maîtrise à l’étude du lien entre l’histoire de l’écologie et celle de la peinture. Elle a concentré son attention sur toutes les corrélations qu’on peut établir entre les peintres animaliers du 19e et 20e siècles et les plus grands écrivains et penseurs écologiques.

Aujourd’hui, à 41 ans, elle est toujours préoccupée par la question environnementale. C’est pour cette raison qu’elle a choisit d’amener sa production artistique vers un art plus engagé. Motivée par une envie profonde d’avoir une portée environnementale plus grande à travers son geste artistique, elle s’intéresse au phénomène de la Sixième Extinction des Espèces. Toujours dans la région de Sorel-Tracy, au Québec, elle se consacre entièrement à sa pratique artistique depuis 10 ans. Elle partage son temps entre son atelier et des projets de médiation culturelle dans les écoles, pour la Ville de Sorel-Tracy et la MRC Pierre-de-Saurel. Jusqu’à maintenant, elle a assuré elle-même la vente de ses œuvres, profitant du contact direct avec chacun de ses clients.

Démarche artistique

J’ai longtemps peins des sujets animaliers dans un espace non figuratif. Harmonies de couleurs flamboyantes ainsi que textures et reliefs caractérisent ces œuvres dans lesquelles je célèbre la beauté esthétique et poétique des créatures qui peuplent notre planète. Les grands singes et les éléphants m’ont toujours intéressé. La situation précaire de ces espèces en voie critique d'extinction motivait ce choix. J’ai toujours espéré allumer une étincelle et rappeler que sur cette planète, d’autres espèces sont étonnamment proches de nous, mais qu’elles sont aussi vulnérables par notre faute. J’ai un regard poétique galvanisé par l’énergie créatrice et aussi destructrice de cette relation que nous entretenons avec les autres espèces. Je veux faire du monde naturel un univers plus grand en permettant de le voir avec notre cœur et notre imagination aussi bien qu’avec nos yeux.

Plus récemment, j’ai amené ma production vers un art engagé. Ma révolte, devant la situation extrêmement critique dans laquelle se trouve la faune sur la terre est devenue impossible à mettre en sourdine. La sortie du film La Terre vue du Cœur d’Hubert Reeves a, sans aucun doute, été un élément déclencheur dans ce changement de cap. Le jour où j’ai vu ce long métrage, j’ai été transformée en tant qu’artiste, mais aussi en tant que personne… C’est dans les jours qui ont suivi que j’ai pris la décision de créer une série de tableaux qui portent un message clair sur le thème de la Sixième Extinction.

Ces nouvelles œuvres sont plus éclatées et nettement tributaires de toute cette colère et cette indignation que je peux ressentir face à la situation critique dans laquelle se trouvent les espèces que je représente. Acrylique, aérographe, bombe aérosol, peinture à l’huile, collage… le mix média est dorénavant mon univers. Mes animaux en danger menacent de disparaitre sur la toile comme dans la réalité. Éclaboussures, graffitis, découpures d’articles scientifiques ou d’actualités sur l’espèce représentée… mes tableaux deviennent un amalgame visuel faisant état de la question et laissant le spectateur sur une réflexion obligée. Un art « in your face » qui, je le souhaite, ne laisse pas indifférent.

Le collage et les mots en général ont pris beaucoup de place dans ce nouveau style. D’abord les articles de journaux, de revues sont tous récents, faisant état de ce que l’espèce représentée subit en ce moment même comme menaces. Ils parlent de son déclin et de ses causes : déforestation, changement climatique, braconnage, perte de l’habitat, etc... S’ajoutent les citations d’écrits d’anciens « nature writers », ces grands penseurs qui sont à la base de l’émergence d’une pensée écologique en Amérique. Avec ces œuvres récentes, je souhaite avoir une portée sociale et environnementale.

J’espère sensibiliser les gens à cette érosion de la biodiversité dont on ignore encore trop la réalité et les conséquences. Motivée par une envie profonde d’avoir une portée sociale plus grande à travers l’action artistique, l’art militant est devenu pour moi une forme d’engagement social, une manière d’expérimenter concrètement la démocratie directe et d’exercer ma citoyenneté non pas en tant que Canadienne ou Québécoise, mais en tant qu’habitante de cette planète.